Uncategorized

Analyse de YouTube

Avec Tania Louis, Pierre Masselot et Tobias Fuschlin, j’ai analysé en 2018 plus de 600 chaînes et 70 000 vidéos de vulgarisation scientifique en français, et complété cette analyse par un sondage auprès de 180 youtubeurs. Nos résultats ont été publiés dans Frontiers in Communication (open access, cliquez sur le lien pour obtenir le pdf) :

Debove, S., Füchslin, T., Louis, T., & Masselot, P. (2021). French Science Communication on YouTube: A Survey of Individual and Institutional Communicators and Their Channel Characteristics. Frontiers in Communication, 6, 9.

Pour ceux qui préfèrent, on a aussi fait une version vidéo de notre article (pas vulgarisée, il s’agit vraiment d’une version vidéo de l’article écrit) :

Un des gros intérêts de notre article est d’avoir travaillé sur un échantillon beaucoup plus représentatif que ce qui s’était fait jusqu’à présent. Les quelques études sur YouTube qui existent s’intéressent surtout aux chaînes les plus grosses, avec de petits échantillons. Notre échantillon est uniquement francophone mais contient des chaînes de 1 000 abonnés comme des chaînes d’1 million, analysées à la fois de façon objective (données publiques YouTube) et de façon subjective (sondage). Notre définition de la « science » est large (inclut même la géologie).

Pour les résultats : sur la démographie, on confirme ce que vous savez déjà si vous regardez de la vulgarisation sur YouTube : les vulgarisateurs sont jeunes et principalement des hommes.

De façon plus intéressante, le public des vulgarisateurs a exactement le même profil : jeune et masculin. Plusieurs interprétations possibles sont discutées dans l’article.

Les vulgarisateurs scientifiques sont ultra-diplômés : 25 % de docteurs dans notre échantillon et 44 % avec un master, des chiffres bien supérieurs à la moyenne nationale. Les vulgarisateurs se limitent souvent à vulgariser dans leur domaine d’expertise.

Côté revenus, les vidéastes galèrent : seuls 33 % ont réussi à gagner plus d’argent qu’ils n’en ont dépensé depuis la création de leur chaîne. Seul 12 % gagne plus de 1 000 € / mois, et 44 % ne gagne rien du tout.

Mais parmi ceux qui ne vivent pas de leur chaîne, 38 % ne souhaitent pas en vivre et 19 % veulent juste atteindre l’équilibre. Cela montre le côté « side project », subi ou voulu, confirmé par l’emploi des vidéastes : plus de la moitié sont salariés.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les chaînes des institutions (universités, musées, instituts…) ont généralement été créées avant celles des particuliers. On observe aussi que très peu de chaînes ont été créées ces dernières années, le pic semble avoir été passé.

Un des axes de recherche de notre article est précisément la comparaison entre chaînes de particuliers et chaînes institutionnelles. Quelques différences notables apparaissent, comme le nombre de domaines différents traités (bien que tous les domaines soient traités par tous).

Et bien sûr la popularité : aucune chaîne institutionnelle de vulgarisation n’atteint encore 1 million d’abonnés.

On discute aussi des indicateurs de succès (ratio likes / vues), de la méritocratie sur YouTube, de la relation entre vues et abonnés, de la formation des vidéastes…

C’est un article descriptif et exploratoire, une première étape avant de faire des analyses inférentielles plus poussées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *