Coronavirus

Coronavirus : comparaison de la France et de l’Italie au 15/03/2020

Par @stdebove

La France va-t-elle suivre la trajectoire de l’Italie ? Ma toute dernière analyse, avec mes propres graphes et différentes idées glanées ici et là.

Notez d’abord que c’est une analyse loin d’être parfaite. Je compte d’ailleurs sur vous pour me dire comment on pourrait l’améliorer. Et je vais vous montrer principalement des corrélations quand on aimerait causer causalité ! Il y a toujours des facteurs confondants possibles.

Tout d’abord, on est encore loins d’être dans la situation italienne en nombre absolu. Voici une comparaison du nombre de cas confirmés et du nombre de morts entre nos deux pays à ce jour (source https://www.worldometers.info/coronavirus/country/france et https://www.worldometers.info/coronavirus/country/italy).

Mais ne soyez pas rassurés trop vite ! Si je fais « glisser » les données de la France vers la gauche, on se rend compte qu’on suit exactement la trajectoire de l’Italie. Notre épidémie a commencé plus tard, mais elle a pour l’instant la même croissance !

(Au passage, je cherche toujours des données fiables sur la stratégie de dépistage des différents pays. J’ai trouvé ça

qui indiquerait que la France dépiste bcp moins que l’Italie, mais les données sources ne sont plus accessibles.)

Y a-t-il des raisons de penser que la France va se sortir de la trajectoire de l’Italie ? Oui et non. Pour le non, on ferme nos écoles à peu près à la même époque que l’Italie.

Pour le oui, on m’a par exemple suggéré que les foyers d’infection seraient plus concentrés en Italie et satureraient donc plus facilement les hôpitaux. Pour voir ça, on peut comparer région par région au lieu de pays par pays.

L’Ile de France a aujourd’hui 721 cas. Si on considère que la France a 9-10 jours de retard sur l’Italie, ce que mes graphes ci-dessus suggèrent, on peut comparer avec le nombre de cas il y a 10 jours en Lombardie, région d’Italie la plus touchée : 1497.

Il semblerait que les cas soient moins concentrés en France, sauf que la densité de population de la Lombardie est deux fois inférieure à celle de l’Ile de France. On peut donc penser que la concentration se vaut au final :

De plus, la saturation des hôpitaux va dépendre du nombre d’hôpitaux dans ces 2 régions, du nombre de lits, du nombre de machines respiratoires, de si les patients peuvent être redirigés vers d’autres régions ou pas… Bref très dur de tout prendre en compte.

Intéressons-nous plutôt à un autre facteur : l’âge. L’âge est un des facteurs de risque les plus importants pour COVID-19. Les 65 ans et plus représentent 34% des infectés mais 86% des décès (en France, au 10 mars : https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/236267/2530148 )

Je lis un peu partout que la population est plus âgée en Italie qu’en France. En moyenne oui, mais ça semble être dû principalement à nos jeunes qui font tomber la moyenne ! La France a autant de vieux que l’Italie mais plus de jeunes (données 2020 https://population.un.org/wpp/Download/Standard/Interpolated/)

Voici maintenant la courbe des infectés superposée à la courbe d’âge (données https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/236267/2530148 ). En France comme en Italie, les vieux sont surreprésentés dans les cas confirmés par rapport à ce qu’ils représentent de la population.

La surreprésentation est quand même plus forte en Italie. Ce qui peut vouloir dire deux choses : soit on a des stratégies de dépistage différentes entre France et Italie. Soit on a réussi pour l’instant à mieux protéger nos vieux qu’en Italie. De ce que j’ai lu, je pencherais plutôt pour le 2/, les stratégies de dépistage semblent être les mêmes (dépister ceux qui ont des symptômes, mais à nouveau je n’ai pas trouvé de ressources fiables là-dessus).

Cela semble donc toujours primordial de faire en sorte que nos vieux arrivent le plus possible au compte goutte à l’hôpital ! C’est peut-être ça qui explique pourquoi la Corée du Sud a eu très peu de morts, et l’Italie beaucoup, alors que ces deux pays avaient à une époque le même nombre de cas. Les hôpitaux italiens ont dû accueillir beaucoup + de vieux. (graphe @andreasbackhausab)

Mais revenons à la France. Pourquoi aurions-nous (conditionnel) mieux protégé nos vieux que l’Italie jusqu’à présent ? Et est-ce que ça va durer ? @philippejuvin suggère que notre système de santé est différent. En Italie, il y aurait moins de médecine de ville, les patients auraient tous été mélangés aux urgences, la réanimation se ferait en open space…

Une autre possibilité suggérée par @kuhnmo et @christianbaye13 est que les générations sont beaucoup plus mélangées en Italie. Regardez un peu la part de la population active qui vit avec ses parents. La différence est énorme ! (données http://www.worldvaluessurvey.org/WVSContents.jsp)

À noter que si ça expliquerait bien la différence France-Italie, ça n’explique pas bien la différence Italie-Corée. En Corée, les générations sont très mélangées aussi, et pourtant la Corée a eu très peu de morts. D’autres facteurs jouent donc aussi sans doute (le nombre absolu de plus de 65 ans est beaucoup plus grand en Italie qu’en Corée).

Voici un graphe du taux de létalité (nb morts / nb cas confirmés) en fonction du mélange des générations. Vous pouvez voir pas mal de points éloignés des droites, ce qui veut dire que la corrélation n’est pas excellente. (graphe @kuhnmo).

Que retenir de tout ça ?

  • le nombre de cas est peu informatif si vous ne savez pas aussi quelle tranche d’âge est affectée
  • le nombre de morts est un meilleur indicateur pour savoir si on va suivre la trajectoire de l’Italie (la France et l’Italie ayant des populations à peu près égales). Sur ce point, les nouvelles ne sont pour l’instant pas très rassurantes, notre courbe continue à suivre celle de l’Italie.
  • la France a le même nombre de vieux que l’Italie
  • le nombre de morts ne dépend pas que de « à quel point un pays gère bien son épidémie ». Les gouvernements ont peu d’impact à court terme sur l’organisation sociale, quels parents vivent sous quel toit. Sur ce point, la France a des raisons d’être optimiste par rapport à l’Italie mais cela pourrait ne pas durer, peut-être que la grippe finira par percer toutes les couches de la population.
  • La distanciation sociale semble toujours aussi importante, surtout avec les + de 64 ans.

J’imagine que plusieurs choses que j’évoque sont triviales pour les épidémiologistes. Si j’ai oublié des choses importantes, envoyez-les moi. Et si vous avez des éléments nouveaux pour améliorer cette comparaison, envoyez-les moi aussi (avec les sources), et j’essaierai d’en tenir compte dans mes prochaines analyses.

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